Si vous souhaitez de plus amples informations concernant les Droits de l'Enfant face aux dérives sectaires reportez vous au seul et unique site dans le monde traitant de ce sujet de manière exhaustive pour la France:
Mission Interministèrielle siègeant auprés du Premier Ministre français www.miviludes.org
cliquez sur le rapport 2003 (vous pouvez le décharger dans son intégralité au format PDF)
Rappellons que le seul Defenseur des Droits de l'Enfant dans le monde ayant denonce les exactions sectaires est le Defenseur des Mineurs de la Communaute autonome de Madrid en Espagne www.dmenor-mad.es
Vous pourrez aussi trouvez quelques articles sur les sites d'informations www.geocities.com/hemerosectas et www.prevensectes.com
Pour les parents d'enfants soumis contre leur gre, les systemes judiciaires de l'Union Europeenne n'offrent pas toujours la bienveillance necessaire au respect des Droits de l'Homme -ONU, et 1789- et applique rarement la Convention Internationale des Droits de l' Enfant -CIDE ONU NYC 1989-
Pour une utilisitation therapeutique du droit, en France il existe des lois, helas bien peu souvent appliqueesn par les juges a l'encontre des organismes sectaires (cf: article de France soir du 14 janvier 2005)
Article 371-1 du Code civil : l'autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l'intérêt de l'enfant pour le protéger dans sa sécurité sa santé et sa moralité. Pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Comment les sectes se moquent de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant
CIDE
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Extraits tirés de la revue 'Lien social' No 386 (1)
Site qui publie http://membres.lycos.fr/dreamlan/enfantsecte.html
Isolés, conditionnés, brutalisés, violentés, voire assassinés, les jeunes 'adeptes' doivent effacer leur passé, se détourner des mythes familiaux, n'avoir plus de racine. Le texte qui devrait protéger l'enfance est bafoué, article par article. Explications.
Les sectes tuent et les enfants sont, comme toujours, les plus exposés. La plupart des pays - y compris les plus attachés aux droits de l'Homme - ne se mobilisent guère pour que la Convention Internationale des droits de l'Enfant puisse aussi s'appliquer à l'intérieur des sectes. En effet, il suffit de confronter les différents articles de la Convention aux pratiques de telle ou telle secte, pour constater que le droit est spectaculairement bafoué. L'article 2 stipule que l'enfant doit être protégé contre toute forme de discrimination motivée par les convictions de ses parents, l'article 3 lui assure la protection et les soins nécessaires. L'article 7 préconise la préservation de l'unité familale autour de l'enfant. Or, la véritable famille n'est plus la famille naturelle, adoptive ou nourricière, mais la secte, le gourou devenant alors la seule référence parentale autorisée.
Ainsi conditionné dès son plus jeune âge, l'enfant évoluera dans un monde où la notion de père et de mère n'a pas de sens, quand il n'est pas carrément séparé de ses parents dès sa naissance, comme chez les scientologues, qui préfèrent le confier à une 'nanni' jusqu'à 12 ans, laquelle lui inculquera les préceptes de 'l'église'.
L'article 9 de la Convention prévoit que si une séparation des parents survient, l'enfant puisse avoir des relations régulières avec l'un et l'autre. Or, c'est le contraire qui prévaut lorsque l'un des conjoints n'est pas adepte de la secte ou s'en détache. Ainsi, dans une situation semblable, les témoins de Jehovah 'diabolisent' le conjoint 'opposé' et développent un sentiment de méfiance chez l'enfant. cette suspicion de la secte envers la famille est en fait l'un des gages de sa survie et elle en a fait une doctrine, conditionnant ses adeptes à cesser toute relation, à effacer le passé, à se détourner des mythes familiaux, à n'avoir plus de racines...
Les privations semblent le lot commun
Que dire également du sort fait à l'article 19 qui protège l'enfant contre toute forme de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, y compris violences sexuelles ?... Et de l'article 31 qui affirme le droit au repos et aux jeux ?... La liste est sans fin des diverses situations de maltraitances auxquelles les enfants des sectes sont confrontés. Les privations semblent le lot commun : privation de nourriture, privation de sommeil, privation de contacts extérieurs, privation de jeux... La vie de certains enfants est un véritable cauchemar : chez Krishna, le lever est à 3h30, immédiatement suivi d'une heure de litanies et de trois heures de lectures des textes sacrés. Même rituel en fin de journée, une journée partagée entre l'enseignement et les activités manuelles. Les repas, de types végétariens, sont très loin de satisfaire les appétits et les besoins, et la seule 'distraction' autorisée, le dimanche, est d'aller faire du prosélytisme en agitant des clochettes et chantant 'here rama, hare Krishna'...Ils vivent dans des locaux sans aucun confort, dorment sur des lits métalliques superposés et ne connaissent rien du monde qui les entoure. Même lorsqu'ils demeurent dans leur famille, comme c'est la cas des Témoins de Jehovah, les enfants sont 'interdits' d'enfance : interdit de participer à des fêtes, de sortir, de regarder la télévision, d'aller au spectacle...
'La Citadelle' s'est fait connaître pour la rage que le couple Mihaies mettait à 'corriger' les enfants. Un 'ancien' témoigne : '... gifles, coups de ceinture, privation de nourriture, de sommeil, station debout des heures durant..., exclusion fréquentes, humilations'. Dans d'autres sectes, les 'rebelles' sont enoyés dans des camps de rééducation dont les teen Ranches créés par david Berg, grand manitou de la Famille, étaient le modèle le plus accompli. Frapper un enfant est donc un acte reconnu et encouragé par les sectes, et écrits et discours en témoignent; un haut responsable de Tabitha's Place : "Même les bébés ont une nature déchue et ont besoin d'être chatiés", et Gilbert Bourdin de Raël évoquant "le petit être qui n'est encore qu'une larve" invitent les parents à appliquer avec vigueur le châtiment corporel...
Mais c'est avec les violences sexuelles que l'on mesure combien les sectes, sous des discours religieux ou philosophiques, peuvent briser à jamais des vies humaines et conduire des enfants au désespoir ou à la folie. Gilbert Bourdin, qui se veut un guide sévère, n'hésite pas à mettre dans son lit ses adeptes et les enfants de ses adeptes. Différents écrits attestent de ses encouragements à la pédophilie, voire à l'inceste, mais le maître incontesté en la matière demere David Berg, dit Moïse David, père universel des Enfants de Dieu - aujourd'hui La Famille - , qui des années durant put réaliser à travers la secte ses plus épouvantables fantasmes. Non seulement cet ancien pasteur a inventé le 'Flirty Fishing' et ainsi amené à la prostitution des centaines de jeunes filles convaincues de servir le Christ, mais il a abusé de ses propres enfants, sans le moindre souci de la loi commune, justifiant ses perversions par une 'théorie' qui pour être simpliste n'en a pas moins convaincu des centaines d'adeptes. il assure, David Berg, que "il n'y a rien de mauvais au monde, quand au sexe, tant qu'il est pratiqué avec amour, de quelque manière que ce soit; pas question de qui ni de quel âge ou de quelle parenté, ni de quelle façon". Moyennant quoi, les mères sont invitées à faire, d'une certaine façon, la toilette de leur petit garçon, et les pères à 'jouer' avec leurs petites filles; quand aux enfants, ils n'ont pas le choix, les relations sexuelles entre eux étaient obligatoires, dûment surveillées par un 'berger'...
Les sectes font peur, et pas seulement à monsieur-tout-le-monde; elles font peur aussi aux magistrats, aux experts, aux hommes politiques. Elles ont des ramifications innombrables, bénéficient de puissants appuis, savent utiliser la moindre faille, invoquer la liberté d'opinion, de conscience, de religion...Elles avancent masquées, ovrant des ateliers de peinture, de musique, proposant du soutien scolaire, organisant des séjours de vacances et créant ainsi un vivier dans lequel elles pourront jeter leurs filets.
Des associations travaillent à combattrent et dénoncer ces pratiques : Le centre de documentation, d'éducation et d'action contre les manipulations mentales (CCMM) et, surtout, l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (UNADFI) dont la présidente Jeannine tavernier, pense que le devoir d'information sur le problème des sectes doit être une priorité pour tous ceux qui sont en contact avec les enfants (enseignants, éducateurs, animateurs...)
(1) LIEN SOCIAL, 5 rue du Moulin Bayard - 31015 Toulouse cedex 6
Tél 05 62 73 34 40
Fax 05 62 73 00 29
www.lien-social.com
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
En France toujours, une autre des associations de lutte contre les sectes a publie, pour la premiere fois en juin 2004, un dossier special sur les enfants et les sectes que vous pouvez trouver sur leur site www.unadfi.org
Bien que nous ne soyons pas tout a fait d'accord avec les deux derniers articles, nous les reproduisons ci dessous, il peuvent toujours servir a exercer votre esprit critique ou dans des procedures dures durent...
Les enfants d’une secte
Alors assistante sociale d’un service de protection de l’enfance, j’ai été mandatée par un juge des enfants, pour effectuer une enquête sociale concernant trois jeunes enfants ( 5 ans, 4 ans et 1 an ½ ) vivant avec leurs parents dans une secte.
Les conditions difficiles et délicates de mon intervention, m’ont permis de prendre la mesure de leur souffrance et du danger encouru par tous ceux (jeunes enfants et adolescents) qui vivaient ou avaient vécu dans cette secte.
1 – Coupure avec l’extérieur, isolement et enfermement des enfants et des adultes
Les parents ayant été amenés à rompre avec leurs familles et leurs amis, les enfants ne connaissaient pas ou très peu leurs grands parents et leurs familles proches.
2 – Pour éviter qu’ils aient des contacts avec l’extérieur, les enfants étaient retirés de leurs écoles pour suivre les cours par correspondance du CNED[3], sous prétexte d’activités musicales développées. Lors des rares visites des inspecteurs de l’ Education Nationale, ceux ci avaient droit a une véritable mise en scène très séduisante qui ne leur permettait pas d’évaluer le bien fondé de cette scolarisation interne, et encore moins le danger encouru par ces enfants.
3 – Les manifestations affectives et les marques d’intérêt à l’égard des enfants étaient considérées comme mauvaises.
Ainsi les tout petits passaient leurs vies dans leurs parcs, sans jouets : il était interdit aux parents et à quiconque de les prendre dans leurs bras, de les consoler, de les câliner ou de jouer avec eux. Si un parent dérogeait, il était dénoncé par un autre adepte et réprimandé. Ces enfants étaient affectivement carencés et peu éveillés au monde.
Les enfants devaient ainsi devenir résistants pour « vaincre les forces du mal et les manifestations du malin ».
4 – Les enfants comme les adultes devaient affronter des situations de plus en plus difficiles pour s’endurcir et être meilleurs que les autres.
L’élitisme et la mégalomanie étaient poussés à l’extrême. Les enfants devaient tous jouer d’un instrument de musique qui leur était imposé et être les premiers au conservatoire. Ils devaient travailler (devoirs et musique) sans relâche et avec acharnement jusque tard dans la nuit. Leurs résultats et leurs notes étaient comparés. Ils étaient ainsi souvent blâmés publiquement et punis.
5 – Les enfants comme les adultes, étaient tenus à une soumission et une obéissance aveugle au gourou et à son épouse. Les enfants ne relevaient plus de l’autorité de leurs parents, mais de celle du couple leader qui décidait des orientations scolaires et professionnelles : d’où une scolarité perturbée, des blocages et des découragements. Lorsque les enfants n’étaient pas « conformes », les parents se faisaient vertement réprimander devant leurs enfants et les autres adeptes : ils étaient considérés comme inaptes à élever leur enfants. Ainsi les enfants de tous âges étaient livrés sans défense, au despotisme du couple.
6 – La délation et la surveillance des uns par les autres, instauraient un climat de méfiance et d’isolement avec impossibilité de communiquer : les enfants se dénonçaient entre eux et dénonçaient leurs parents.
7 – Mauvais traitements physiques.
Ø Les règles de vie strictes et répressives (jeûnes, sommeil réduit, travail acharné, aucun loisir, aucune sortie, aucun jeu) entraînaient une grande fatigue, voire une faiblesse physique qui fragilisaient enfants et adultes.
Ø Les coups de ceinture étaient fréquemment donnés par les parents, même aux plus petits.
Ø Coups de poing, gifles étaient donnés par le couple leader. Obligation était faite pour tous, y compris les enfants en bas âge, d’assister au culte pendant 5/6 heures, sans bouger, parler ou faire ses besoins naturels. Si un enfant pleurait, remuait, le père ou la mère l’emmenait pour le corriger, sous l’œil désapprobateur de l’assistance.
Ø Coups de règle sur les doigts, bouches scotchées, suppressions de repas, mises au coin pendant des heures.
Ø Pas le droit de courir, il fallait se comporter dignement.
8 – Sévices moraux.
Ø Isolement parents-enfants : à partir de 5 ans, les petits étaient séparés de leurs parents occupés à d’autres tâches. Ils étaient alors pris en charge par la femme du gourou dans un autre lieu, pouvant être enfermés dans une chambre ou mis dans le noir.
Ø Le maître mot était : « il faut briser l’enfant pour le soumettre, le rendre docile et obéissant ».
En effet ces enfants étaient très sages, soumis, apeurés, tristes, éteints, repliés sur eux mêmes, sans spontanéité. Ils ne savaient pas jouer.
Ø L’autocritique, les confessions écrites ou publiques, suivies de punitions, entrete-naient un climat de terreur. Ces tribunaux de torture morale pour adultes et enfants, avec procès d’intention, arrivaient à soumettre une adolescente, en l’humiliant sans arrêt, en la mettant en quarantaine, etc…
9 – La déstructuration de la personnalité ou l’impossibilité pour l’enfant de se structurer, dans un climat permanent d’angoisse et de culpabilité par peur de déplaire au couple de gourous et d’être dénoncé.
Ø Changements continuels d’instruments de musique imposés.
Ø Instabilité permanente des lieux où dormir : le soir les enfants se déplaçaient avec leur matelas et demandaient à l’épouse du gourou où ils devaient dormir.
Ø Lorsque les enfants obtenaient de bons résultats scolaires et musicaux et qu’ils se montraient contents d’eux, ils étaient repris, humiliés et taxés d’orgueil.
Ø Quand les petits mangeaient leur soupe avec une petite cuillère, on leur ordonnait d’en prendre une grande ; si la fois suivante ils prenaient une grande cuillère, on les obligeait à en prendre une petite… Leurs repères étaient sans cesse brouillés.
En conclusion ces enfants étaient en danger moral et physique du fait de l’asservissement mental de leurs parents par le couple leader. Déresponsabilisés, ces parents n’avaient plus de prise sur leurs enfants ni de communication avec eux. Pris en charge par le couple de gourous, enfermés, oppressés, soumis, déstructurés et manipulés, les enfants étaient brisés dans le développement de leur personnalité. La scolarisation interne empêchait qu’ils restent en contact avec une certaine réalité et gardent une ouverture sur le monde.
Aussi ces trois enfants ont-ils été placés par le juge des enfants chez leurs grands parents et ils y sont toujours depuis quinze ans. Grâce à ces derniers, tous les trois font de bonnes études, et semblent autonomes et équilibrés. Ils n’ont pas revu leurs parents depuis lors, ceux-ci vivant à l’étranger où ils se sont réfugiés avec le couple de gourous, après le placement de tous les enfants de la secte par le juge et le procès de membres de celle-ci.
L’enfance maltraitée en milieu sectaire
L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) définit la violence à l’égard des enfants comme suit : « Les mauvais traitements de l’enfant ou la maltraitance s’étendent à toutes les formes de mauvais traitements physiques ou affectifs, de sévices sexuels, d’abandon ou de négligence, d’exploitation commerciale ou autre, entraînant un préjudice réel ou potentiel pour la santé de l’enfant, sa survie, son développement ou sa dignité, dans le contexte d’une relation de responsabilité, de confiance ou de pouvoir. »
Un nombre important d’enfants nés ou éduqués dans un milieu sectaire totalitaire est confronté à des risques importants de maltraitance de la part non seulement de leur entourage familial mais également des autres membres du groupe, et en particulier du gourou.
Le groupe, ou la cellule familiale fonctionnant selon un modèle sectaire, constitue un milieu pathogène pour l’enfant.
La maltraitance induite par la secte (groupe-doctrine-gourou), dépossède l’enfant de son identité physique, psychique et émotionnelle, niant son existence en tant que sujet de droit pour en faire un objet aliéné au système sectaire qui se perçoit comme hors du monde. Le refus du libre arbitre, du poids de la société et de ses institutions font que la pression sociale peut paraître inexistante et inefficace sur les adeptes qui vivent une « idéologie hors de la société ». Endoctrinés, les enfants n’ont comme référent que « la secte » et sont dans l’incapacité de comprendre le sens des institutions de l’Etat (Education, justice, médecine...) et des valeurs qu’il prône « Liberté – Egalité - Fraternité », valeurs non reconnues et souvent combattues par le groupe.
L’enfant évoluant dans un environnement sectaire est menacé à deux titres : mineur et adepte. Son statut de mineur le place, de fait, dans un état de vulnérabilité face aux actes délictueux commis à son égard. De plus, le groupe sectaire totalitaire prive l’individu, notamment par le biais de la manipulation mentale, de son libre arbitre et de sa capacité à penser et agir par lui-même pour le placer en état de sujétion (cf. : loi About-Picard du 12 juin 2001).
Devenu objet, l’enfant ne possède plus de droit mais uniquement des devoirs, il doit tenir un rôle, remplir une mission auprès du groupe et du leader, dans la logique d’une obéissance absolue.
Dans ce cadre de vie perverti, nuisible à l’individu, les actes de maltraitance sont perçus et présentés par ceux qui les commettent comme profitables à celui qui les subit. Ils sont érigés en valeurs. Les mineurs subissent des atteintes graves à leur intégrité et à leurs droits aux niveaux physique, psychologique, familial et social. Dans tel groupe, le leader abusera de mineurs afin de les purifier et de leur permettre d’accéder à un état supérieur (les cas de pédophilie dans les sectes sont nombreux). Tel autre encouragera les parents à châtier leurs enfants en leur infligeant des sévices physiques (coups, mutilations, privation de nourriture, défaut de soins) ou psychologiques (brimades, humiliations, déni de l’identité, interdit de l’opposition…).
La cellule familiale ne représente plus la cellule de base, elle est soumise à l’autorité et au contrôle du groupe. Les parents, sont symboliquement et effectivement dépossédés de leur autorité et de leur fonction qui sont transférées aux structures sectaires. Le lien familial est assujetti au lien groupal, ce qui entraîne de graves problèmes dans la construction de l’identité et dans les relations parents-enfants. La socialisation se fait d'abord (et parfois exclusivement) dans la secte avec un modèle unique, présenté comme le meilleur. La nécessité de fréquenter le moins possible les autres, car ils appartiennent à des familles "mauvaises", et d'être en même temps un "modèle" pour ces autres familles isole l'enfant dans une diffé-rence valorisée à l'intérieur du groupe et incomprise à l'extérieur. La mise à l’écart de la société civile est génératrice de comportements nuisibles au développement social et intellectuel de l’enfant : scolarisation défaillante ou absente, domaines d’apprentissage limités, refus de participer aux activités civiques, absence de loisirs… pour ne pas tous les citer.
Pour l’UNADFI, la maltraitance des enfants en milieu sectaire est un fait indéniable, auquel elle se trouve confrontée régulièrement et, parfois, dans des conditions dramatiques.
La plupart du temps, les cas nous sont rapportés par l’intermédiaire de proches qui témoignent de leur inquiétude due à l’adhésion d’un des leurs à un groupe sectaire ou lors d’actions en justice, notamment dans les procédures de divorce. Inquiets pour l’avenir de l’enfant, ils font état des dangers encourus par celui-ci s’il demeure dans un environnement sectaire par l’intermédiaire de l’un ou de ses deux parents.
Certaines situations peuvent devenir critiques et même létales si le danger n’a pu être détecté à temps.
Rares sont les cas où les mineurs saisissent, de leur propre chef, une association ou une institution afin de témoigner de leurs souffrances. Nous savons qu’il est toujours difficile pour un enfant maltraité de se livrer à un tiers, du fait de la culpabilité et de la honte qu’il éprouve et de l’interdit qui lui en est fait.
A l’ignorance de ses droits et de ses recours mais, avant tout, de la notion « intégrité » s’ajoute chez le jeune adepte, la crainte inculquée du monde extérieur.
A l’adolescence se produisent parfois des phénomènes de révolte, qui poussent les jeunes à tenter de s’éloigner de cet environnement nocif, mais ce n’est, bien souvent, que longtemps après leur majorité que certains entament des démarches ; un temps est nécessaire à leur reconstruction psychologique.
Dans son rapport 2003, la MIVILUDES propose un allongement du délai de prescription, qui « partirait du jour où la victime serait en état de déposer plainte » et non du jour où l’infraction a été commise. Le cadre sectaire où la victime se retrouve en « état de sujétion psychologique ou physique » nécessite « un régime spécifique de prescription de l’action publique ». Une proposition grandement souhaitée par l’UNADFI et qui va dans le sens d’une reconnaissance accrue des actes de maltraitance spécifiquement liés au phénomène sectaire qui restent, à ce jour, pas assez connus des milieux institutionnels et des professionnels de l’enfance.
L’information, la prévention et la formation du public doivent amener à une prise de conscience de la spécificité des formes de maltraitance infantile liées aux sectes, spécificité qui rend plus difficile son signalement auprès des associations et des institutions compétentes.
L’UNADFI, forte de 30 ans d’expérience dans le domaine des sectes, est un observateur et un acteur privilégié de la défense des droits de l’individu et notamment de la protection de l’enfance confrontée à la maltraitance sectaire dont la réalité ne peut être niée.
Dans notre action d’aide aux victimes, le respect des droits de l’Enfant est une préoccupation constante pour laquelle nous ne cessons de nous battre.
La Fonction parentale dans les sectes
Comment les sectes conçoivent-elles le rôle des parents ? Y a-t-il une fonction parentale ? Et sous quelle forme ? Cette fonction, si elle existe, est toujours pensée à l’intérieur de la doctrine de la secte et n’a donc de sens qu’au sein de celle-ci.
L’enfant enjeu – L’enfant menace
En règle générale l’enfant est conçu à la fois comme un enjeu, du point de vue théorique (doctrine) et aussi pratique (extension de la secte), mais peut dans certains groupes apparaître comme une menace pour la toute-puissance du gourou.
L’enfant enjeu
Globalement, l’enfant est présenté comme l’avenir de l’humanité. Il doit être à l’origine d’une « nouvelle race humaine parfaite » selon le langage de la secte. L’éducation de l’enfant est donc posée comme un enjeu dépassant l’enfant lui-même et ses parents biologiques, elle est sous la responsabilité de la communauté sectaire qui établit une grille d’éducation pour que l’enfant devienne un adulte correspondant à l’idéal de la secte.
Avant d’être un enfant, il est d’abord un adepte en devenir. Son éducation doit en faire un serviteur inconditionnel car il s’agit pour le gourou d’assurer la survie de la secte en préparant les enfants qui assureront la relève.
L’enfant est donc un élément important pour la survie et le développement de la secte.
L’enfant menace
L’enfant peut également représenter une menace car il risque de réveiller chez ses parents des sentiments d’amour filial suffisamment forts pour supplanter le gourou dans leur cœur ; ou tout au moins pour les éloigner un temps du groupe au profit de leur enfant.
Les soins requis par l’enfant réduiront d’autant le temps consacré au prosélytisme ou aux tâches internes à la secte.
La fonction parentale dévoyée
La fonction parentale, exercée ou non par les vrais parents, est souvent régie par la doctrine de la secte. Parfois, le parent n’a eu qu’un rôle de géniteur. Il arrive même que ce rôle soit nié, la conception de l’enfant étant attribuée au gourou ou à des « êtres supérieurs ». L’enfant devient alors l’enfant de la secte, qui sera sa seule famille. C’est le gourou qui est le Parent, aucun autre attachement filial n’est possible.
De même que le parent est totalement dépersonnalisé (il est ce que la doctrine veut qu’il soit), l’enfant n’est pas élevé en tant qu’individu avec les droits et les devoirs respectifs de son âge mais comme un futur adepte pour qui la doctrine tient lieu de pensée et de loi. C’est elle qui détermine sa place, son statut, sa vie quotidienne.
On peut alors parler de confiscation de l’exercice de la fonction parentale par la secte. Celle ci pouvant être encore plus radicale dans une communauté fermée.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Par soucis de pluralite nous vous copions ci-apres l'article du Centre Contre la Manipulation Mentale CCMM, ecrit par une psychotherapeute, Madame Françoise Bocca pour aider les parents d'enfants soumis a des organisations sectaires:
Réfléchir à l'enfant élevé dans une secte amène immédiatement à se poser la question de la parentalité.
Être parent dans une secte, cela est-il possible et comment? Et, tout d'abord, comment sont nés ces enfants ? Du désir spontané de leur parents ou de l'obéissance aux ordres de la secte ? De qui donc sont-ils les fils et les filles ? Quel projet repose sur eux ? Donc, quelle transmission leur sera-t-elle faite ?
On évoque là, bien sûr, le degré de dépendance des parents, que cette dépendance soit imposée nettement par la secte ou recherchée par les parents eux-mêmes selon une exigence intérieure qui colmate leur angoisse et leur peur devant l'existence.
Un peut imaginer que nombre de ces jeunes parents ont en effet besoin d'un "contenant": la secte joue ce rôle et leur donne peut-être ainsi l'étayage nécessaire pour pouvoir accueillir un enfant.
Mais ce qui semblera ainsi gagné dans un premier temps, c'est-à-dire ce qui semblera aller dans le sens d'un progrès, d'une évolution positive, risque de tourner court si l'enfant est considéré comme appartenant d'abord à la secte.
Dans ce cas, en effet, la relation d'emprise sectaire aura tendance à s'étendre sur lui le plus rapidement possible et la qualité de la relation parentale - et d'abord maternelle -. permise, sera forcément limitée.
Sans même parler de séparations précoces et traumatisantes , quelle spontanéité vivante dans la relation à son enfant, une mère peut-elle avoir, au sein d'un organisme aussi rigide qu'une secte, même si cette rigidité est camouflée par une apparence fraternelle ? Quelle latitude lui est laissée de s'abandonner à son amour maternel, à cette "préoccupation maternelle primaire" dont Freud et Winnicott ont montré combien elle était fondamentale pour le bon développement de l'enfant ?
Les risques de voir s'établir une relation "d'absence", carentielle, désaffectée et frustrante, basée sur la défaillance de l'environnement maternel semblent grands.
Un peut également s'interroger sur la manière dont l'enfant réagira lors des grands remaniements de l'adolescence. Une éducation sans doute lourdement univoque ne favorisera en rien son ouverture au monde et son insertion future. Celles-ci ne pourront se réaliser que dans la rupture entraînant alors culpabilité et dépression, cette dernière amplement préparée par les carences, voire les traumatismes, de la première enfance.
Ces hypothèses pessimistes peuvent malheureusement être vérifiées par les témoignages apportées au CCMMrogerikor@wanadoo.fr sur l'enfance dans les sectes. Il convient en conclusion d'émettre une note chargée d'espoir. L'enfant conditionné par une secte reste porteur de forces réactionnelles, accessible à des influences réparatrices et capable un jour de rejeter consciemment ce qui l'a opprimé.
Jeunes enfants dans les sectes
La condition des jeunes enfants entraînés dans les sectes est fonction du degré d'intégration et de dépendance, du modèle de vie appliqué et de la séparation ou non du couple parental. Ce bref examen concerne les enfants de la naissance à la pré-adolescence.
Vie affective
On sait l'importance primordiale de la qualité relationnelle entre la mère et le bébé pendant les deux premières années de la vie. Ces rapports affectifs permettent le développement psychologique, dès cet âge. Lorsqu'ils ne peuvent s'établir normalement, des troubles de santé se manifestent: régression du développement psychomoteur, apathie, refus d'aliments, etc.
Dans certaines sectes, les carences affectives résultent de la privation de la mère à l'enfant, ordonnée autoritairement. Exemples:
- Secte Moon. Séparation précoce, enfant confié quelquefois à des parente éloignés, le plus souvent placé à l'orphelinat, conformément aux discours du "Maître".
- Association Internationale de la Conscience de Krishna. Séparation au moment de l'entrée dans "l'ashram des enfants" vers 5 ans.
- Sahaja Yoga. Séparation à tout moment pour des raisons diverses : "Vous quittez d'abord votre famille, quittez aussi vos enfants, abandonnez tout"; " Les cinq premières années (...), si l'enfant essaye de prendre des libertés avec vous, s'il est effronté et ne vous écoute pas, confiez-le à quelque autre Sahaja Yogi" ; "Il y a des enfants qui naissent normalement, mais leur mère ou leur père étant hyperactifs, ils développent une nouvelle maladie appelée hyperactivité de l'enfant" (sic) ; "De tels enfants doivent être immédiatement séparés des parents, particulièrement de la mère, parce qu'ils attrapent cela par elle (...). Il doivent être envoyés dans autre ashram... une autre femme surveille l'enfant, il devient la propriété de tout le monde".
Cette double imposition - se détacher tôt de l'enfant, l'admettre comme propriété collective d'un groupe - entre dans le calcul sordide du gourou : avoir des parents disponibles à temps plein pour contribuer à sa fortune. On la trouve dans bien d'autre sectes.
Des séparations momentanées, des absences répétitives de jour comme de nuit (la mère dévote de Krishna laissant seul son bébé à 3h du matin pour aller à l'office de prières), la dissociation parentale (le père "Enfant de Dieu " envoyé en mission à l'étranger) provoquent des perturbations affectives - sentiments d'insécurité, de peur de frustration - à l'origine de troubles maladifs.
Vie physique
Le développement physique de l'enfant est tributaire de l'alimentation et des soins corporels et thérapeutiques qu'on lui donne.
Alimentation
Lorsque des régimes alimentaires sont prescrits aux adultes adeptes des sectes, il est quasi-automatique de trouver une nourriture appauvrie chez leurs enfants. Prétendument sains, naturels, purificateurs, etc..., les régimes suivis, souvent assortis de jeûnes, peuvent être désastreusement carencés : végétarisme trop strict, végétalisme (interdiction des oeufs, laitages et autres produits laitiers), crudivorisme, macrobiotique et autres systèmes nutritionnels aberrants.
Des jeunes enfants "ensectés" subissent de véritables sévices physiques quand ils sont privés d'une nourriture adaptée, suffisante et équilibrée. Soumis au végétalisme - dans les sectes prônant le naturo-pondéral, quand ce n'est pas arrêt de croissance de longue durée du fait de malnutrition protidique ; et sont fréquemment sujets à l'hypotonie musculaire, la décalcification, l'asthénie extrême, l'anorexie.
Chez les enfants macrobiotes, le rachitisme est observé en raison des déficits en calcium, fer et vitamines D et B12, ainsi que l'anorexie ; tout bébés, en cas d'absence d'allaitement maternel, ils reçoivent des biberons de céréales, légumineuses et eau. Et pour être rendus plus "yang", ils doivent endurer "une faim modérée et un peu de soif pendant la première année".
Soins
Les sectes ont des conceptions particulières sur la genèse des maladies ; elles seraient la conséquence d'un état mental ou spirituel impur, ou d'un mode de vie déséquilibrant, ou des rapports avec des personnes ou des occupations pernicieusement "négatives", ces raisons et bien d'autres étant souvent conjuguées. La malédiction divine et l'oeuvre satanique ont une grosse part de responsabilités, mais le vrai coupable est toujours le malade.
Les jeunes enfants ne demandent qu'à ne plus souffrir quand ils sont malades. Or, les techniques se soins en vigueur dans certaines sectes sont bien étrangères à leurs maux :
- La médecine et la pharmaco-thérapie modernes sont rejetées, ce qui élimine diagnostic et traitement adéquat en cas d'affection subite et de maladie grave.
- Les thérapies de substitution, d'origines diverses - des médecines archaïques d'Orient et d'Extrême-Orient aux recettes miracles de guérisseurs spéculatifs - ne sont que des recours aléatoires et non fiables.
- L'appel intercesseur d'un individu se déclarant désigné par le Ciel fait partie des méthodes originales de soins, excluant toutes les autres. Dans ce cas, les parents s'en remettent à une intervention divine et peuvent laisser leurs enfants mourir lentement mais sûrement (condamnations judiciaires prononcées).
Qu'il s'agisse d'une absence de traitement ou de l'application d'un traitement inapproprié ou illusoire, on remarquera que les jeunes enfants sont des victimes faciles parce qu'ils ne peuvent défendre eux-mêmes leur capital santé (visites médicales régulières, vaccinations, maladies infantiles, etc).
Vie éducative
Le premier cycle scolaire - période dite "de latence" en psychologie, qui va grosso modo de sept à dix ans - est d'un intérêt crucial. Au contact des instances socio-culturelles, l'enfant engrange des acquisitions intellectuelles et sociales. Il entre à la grande école, est confronté et s'intègre à un groupe d'enfants dont les "différences" ne sont pas ressenties comme obstacles, et suit l'enseignement souple et ouvert d'un adulte, la maîtresse, qui s'occupe de tout et de chacun, sans distinctions d'origine, de sexe et de religion.
Dans un milieu sectaire, fermé sur lui-même, l'enfant ne reçoit que des données rigides et restrictives, et ne perçoit qu'un monde sans horizon. Sa marginalisation est totale s'il vit dans la secte: ce qui est extérieur à elle, et dont il ne connaît quasiment rien, lui est d'ailleurs représenté comme mauvais et dangereux.
Quelques sectes ont créé des écoles pour des enfants de leurs adeptes, prétextant que l'enseignement laïc leur serait préjudiciable.
L'AICK - qui prétend que l'éducation moderne, irréligieuse, fait "naître un nombre croissant de criminels sinon d'inadaptés" - possède son école védique de la Nouvelle Mayapuru où "l'on insiste tout au long de l'éducation sur l'apprentissage de la vie spirituelle, à travers l'écoute et le chant des gloires de Krishna, la Personne souveraine".
Pour Shri Mataji, "il y a une grande différence entre une École Sahaja Yoga et les autres écoles (...). Notre école apprend la vraie religion (...). La pure Connaissance de Shri Vidya ou la pure Connaissance... sera donnée à tout étudiant de l'école, dès son plus jeune âge. Cette dernière école établie à Dharamsala (Inde) comprend de jeunes enfants européens tombés sous la griffe de la secte avec l'assentiment irréfléchi de leurs parents désabusés.
Dans les écoles de ce type, la pensée de l'enfant est dirigée constamment vers un pôle : le royaume magique du gourou et des objets qu'il met en scène. Or si l'enfant d'âge pré-scolaire a des activités essentiellement ludiques, parvenu à l'âge scolaire il abandonne peu à peu la pensée magique pour accéder à la pensée logique, maîtriser les systèmes symboliques - lecture, écriture, calcul - et les opérations concrètes. Ce passage obligé vers l'adolescence n'a pas la faveur des sectes qui préfèrent maintenir l'enfant dans un microcosme merveilleux : le petit monde fantasmagorique des dieux bons et méchants, des extra-terrestres qui ont figure humaine, etc.
L'intégration du jeune enfant à la société est empêchée, car les rapports qu'on lui autorise avec elle sont limités et empreints, par persuasion préalable, de suspicion et de crainte. Les Témoins de Jéhovah fournissent l'exemple classique : leurs enfants ne doivent pas rencontrer des profanes, "ennemis de la vérité", en dehors des heures d'école, mais peuvent fréquenter des Témoins de Jéhovah connus de leurs parents Témoins de Jéhovah, qui leur raconteront des histoires de Témoins de Jéhovah.
L'exclusion des autres qui ne sont pas du même bord n'a d'autres raison que celle du gourou : il sait que la marginalisation sociale d'un jeune enfant contribue à sa future dépendance dans son système.
Françoise Bocca
Psychothérapeute
Membre de l'Association Française d'Information et de Recherche sur l'Enfance Maltraitée (AFIREM)
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Les enfants dans la secte AAO
A.A.O. (Organisation d'Analyse Actionnelle pour une pratique de vie consciente) a été fondée en 1976 par Otto Mühl, à Friedrichshof en Autriche. Sa doctrine est basée sur une sorte d'anarchisme fasciste et sur des thèses psychanalytiques inspirées de Wilhelm Reich.
V. avait deux ans quand P. et moi avons décidé de former un groupe AAO à Strasbourg, « Théâtre 9 ». Au début, il y eut un roulement pour le garder et Ralph, notre premier « guide », nous disait comment nous occuper de lui ; l'enfant ne devait pas jouer seul, il fallait toujours lui proposer quelque chose de neuf. Bref, il ne disposait d'aucun moment pour rêver...
Psychothérapie aidant, P. et moi, supportions mal la charge de V. Nous étions trop occupés par nous-mêmes, par notre propre malaise, notre thérapie était tellement accaparante. En un mot, V. était de trop.
On nous conseilla de « livrer » V. à l'école A.A.O. de Friedrichshof. Il n'y eut pas de discussion entre P. et moi. Je ne sais qui prit la décision mais mon excuse était que, dans la communauté, le père n'a que peu d'importance. V. fut donc envoyé, à deux ans, au lieu le plus sûr de la secte A.A.O.
A Friedrichshof, d'autres enfants étaient réunis, provenant des différents groupes des différents pays. Leur langue devenait l'allemand-autrichien.
D'emblée, V. eut une mère et un père de remplacement mais le père faisait souvent défaut. La mère de remplacement dormait dans la même chambre que V. qu'elle partageait également avec une autre femme et son enfant. Les différents hommes de la communauté qui dormaient avec elles n'étaient que de passage. V. ne semblait pas trop souffrir du manque de ses parents alors que d'autres enfants piquaient de véritables crises. L'un d'entre eux devenait comme fou quand son père - qui ne vivait pas en communauté A.A.O. - venait le voir. Il s'accrochait à ses pas, ne le quittant pas d'une semelle, le regardant amoureusement.
Otto (Otto Mühl, le tout puissant gourou de la secte) se moquait de cet enfant, mimant grossièrement son attitude, le ridiculisant aux yeux des autres enfants.
Un jour, la mère de remplacement me dit qu'il valait mieux que je ne voie plus V. Pourtant, je ne le rencontrais que fort peu. Il semble que mon enfant manifestait un désir tenace d'être avec moi et je ne voyais pas en quoi cela pouvait être néfaste pour son développement. J'ai alors craqué et fondu en larmes devant la mère de remplacement qui, finalement, a permis que je continue à voir V.
Pour une mère de remplacement, l'intérêt du rôle est double. D'une part, elle se prépare à devenir elle-même une mère et souhaite faire de son mieux pour l'enfant qu'elle a en garde et, peut-être, devenir l'élue de l'un des hauts guides et, pourquoi pas, avoir un enfant d'Otto lui-même. D'autre part, à travers l'enfant, elle peut se mettre en valeur face au reste du groupe. Elle n'est plus simple adepte mais mère de X. Cela compte beaucoup dans les jeux de structure où elle prend de l'assurance et le pas sur d'autres. La structure, c'est l'échelle des valeurs dans laquelle, du premier au dernier, tous les membres doivent avoir leur place hiérarchique.
Les enfants connaissent également la structure. Ils sont en groupes de familles et par groupes d'âges et, de semaine en semaine, effectuent la même palabre que les adultes. Tous les jours, Otto les reçoit pour le « » (palabre des enfants) et les différents cas sont examinés. Si quelqu'un n'a pas été comme il faut, Otto le sait et gronde, hurle ou applaudit selon les situations. A la fin, il distribue un gâteau à chaque enfant, c'est la seule friandise qu'il reçoit.
Question alimentation, elle est identique à celle des adultes mais très souvent liquide. Peu ou pas du tout de viande, légumes, céréales, lait.
Dans la théorie, l'enfant devrait pouvoir choisir son modèle de père et de mère. Mais il ne pouvait que suivre l'exemple des grands et subir la pression de la hiérarchie suprême. J'ai eu mal au coeur en voyant une des adolescentes effectuer les mêmes roulements de hanche que les autres femmes devant Otto.
Un nouvel arrivant peut être frappé par l'aisance des enfants. En effet, ils ne semblent pas du tout complexés, discutent comme des adultes, posant des tas de questions. Ce ne sont d'ailleurs plus des enfants... ils suivent les mêmes jeux de psychothérapie que les adultes (naissance, jeux de rôles, actions matérielles, etc...), mais, une fois sortis du cadre, ils restent fort timides. Restant toujours en groupe, ne connaissant que l'École A.A.O., ils n'ont d'ailleurs pas besoin d'aller dans des écoles supérieures : ils sont destinés à devenir « guides » à leur tour. Plus malléables encore que les adultes, les désirs des enfants de devenir chef ou guide ou Otto sont présents depuis leur plus jeune âge.
Y a-t-il seulement du positif dans l'éducation A.A.O. Oui, tout n'est pas négatif, ainsi la façon d'enseigner l'histoire qui est réduite à des jeux : on joue à Jules César, à Hitler, à Van Gogh avec la scène poignante de l'oreille coupée. Et Otto joue parfois des contes en interprétant Dracula, un rôle qui lui sied à merveille. Les enfants peuvent critiquer l'attitude des éducateurs et pédagogues. Ils ne mâchent d'ailleurs pas leurs critiques. Bref, un monde en mutation avec des idées, des possibilités mais le tout enfermé dans un univers restreint, opprimant, tout ce qu'il faut pour devenir de parfaits petits AAOistes.
Voilà trois ans que j'ai quitté la secte et je garde de ces souvenirs comme une chape de souffrance. V. est sorti provisoirement, le temps pour sa mère de finir le divorce, d'en avoir la garde et de retourner - j'en suis persuadé - dans l'univers infect des A.A.O. V. préférerait rester avec moi et je remarque que tout le bourrage de crâne qu'il a subi dans la secte à mon sujet n'a pas perturbé l'amour de l'enfant pour son père. C'est l'une de mes consolations de savoir qu'on ne peut détruire la relation parents-enfant, du moins jusqu'à la période de l'adolescence.
Face à tous ces enfants qui souffrent dans une secte quelconque, je souhaite qu'un jour une loi puisse intervenir en leur faveur, permettre à un membre de leur famille de les reprendre pour les placer dans une école normale et leur redonner un foyer. On oublie trop que l'adepte d'une secte ne peut être pris comme responsable de son enfant alors qu'il n'est plus responsable de lui-même. Il vit dans le brouillard de son illumination...
J'aurais encore beaucoup de choses à dire sur Friedrichshof et les enfants A.A.O. par exemple, sur leur précocité face à la sexualité, parler de leurs névroses, de leurs psychoses, de leurs peurs, de leurs angoisses, mais le tisserand que je suis devenu ne cherche qu'à recoudre les plaies encore ouvertes de mon enfant. C'est dur pour un adulte, la vie dans une secte, mais pour un enfant ça l'est beaucoup plus. On parle de l'horreur d'être prisonnier dans les griffes d'un gourou. Et pour un enfant, alors
Certes, l'adulte que je suis est responsable des effets néfastes exercés par la secte sur mon enfant. Mais n'y aurait-il pas beaucoup d'autres responsables Interrogeons-nous sur les moyens de lutte dont nous disposons pour protéger nos enfants et utilisons-les à fond pour que nos enfants ne soient plus les victimes de l'attrait fallacieux des sectes qui agissent comme une marijuana encore tellement plus nocive. Nous n'avons pas le droit de ne pas nous y arrêter un moment : pour réfléchir et agir.
C. N.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
LES ENFANTS DANS LES SECTES
REPEREES PAR LES 2 RAPPORTS PARLEMENTAIRES FRANCAIS
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Secte Moon
Séparation précoce, enfant confié quelquefois à des parente éloignés, le plus souvent placé à l'orphelinat, conformément aux discours du "Maître".
Hare Krshna
Séparation au moment de l'entrée dans "l'ashram des enfants" vers 5 ans.
j
Sahaja Yoga
« …Vous devez accomplir votre tâche comme si vous étiez dépositaire et seulement dépositaire. Mais vous ne devez pas vous attacher à lui [l’enfant] : c’est Mon Travail ! Vous devez Me le laisser (…) j’ai déjà donné des instructions sur ce qui doit être fait pour l’enfant. Mais ces enfants sont les miens et pas les vôtres (…). Trop d’attachement aux enfants est signe de dégradation.
extrait de la Revue Nirmala Yoga n°4, 1984
Il est bien connu dans ce groupe qu'il y a des séparation à tout moment pour des raisons diverses : "Vous quittez d'abord votre famille, quittez aussi vos enfants, abandonnez tout"; " Les cinq premières années (...), si l'enfant essaye de prendre des libertés avec vous, s'il est effronté et ne vous écoute pas, confiez-le à quelque autre Sahaja Yogi" ; "Il y a des enfants qui naissent normalement, mais leur mère ou leur père étant hyperactifs, ils développent une nouvelle maladie appelée hyperactivité de l'enfant" (sic) ; "De tels enfants doivent être immédiatement séparés des parents, particulièrement de la mère, parce qu'ils attrapent cela par elle (...). Il doivent être envoyés dans autre ashram... une autre femme surveille l'enfant, il devient la propriété de tout le monde".
Récemment deux enfants de moins de six ans ont été envoyés à l’étranger pour des séjours de plusieurs mois sans leurs parents. (selon la revue BULLES numero 82 )